« Révolution haïtienne » a été le thème de la sixième édition de la Ghetto Biennale 2019. Comme toujours, c’est dans les ghettos de la grand-rue, dans les corridors, que la 6e Ghetto Biennale a posé ses valises. Cette manifestation culturelle et artistique réunissant des artistes haïtiens et étrangers, du samedi 14 au vendredi 20 décembre 2109, à Port-au-Prince, a animé les « lakou » de la grand-rue. Un pari gagné pour ces créateurs dans un contexte sociopolitique délétère.

Publié le 2019-12-26 | Le Nouvelliste

 

« L’organisation de la 6e édition de la Ghetto Biennale 2019 représentait un défi, compte tenu de la situation sociopolitique du pays. Je tenais à le faire savoir. Comme tous les autres festivals qui ont eu lieu en dépit de la situation de crise, nous avons voulu réussir aussi la 6e édition de la Ghetto Biennale. Le pari est gagné », a déclaré André Eugène, l’un des responsables de l’événement. Cet artiste récupérateur a aussi mis l’accent sur l’importance de cet échange qui est, à ses yeux, un dialogue interculturel.

La Ghetto Biennale fait respirer l’art. Elle stimule la création et fait naitre des œuvres d’envergure. Cette édition consacrée à la révolution haïtienne a permis aux participants de (re) visiter notre histoire de peuple. Si les artistes étrangers ont exposé des œuvres faites, entre autres, de céramiques et mosaïques pour saluer la portée universelle de cette geste unique, les artistes haïtiens ont, eux-mêmes, campé l’épopée de 1804 à partir d’œuvres picturales, sculpturales, de métal découpé et la récupération, la marque de fabrique des artistes du ghetto de la grand-rue.

Du fond des corridors, l’art s’étend. Pour dialoguer avec la révolution, les visiteurs ont parcouru les lakou et les créations qui les habitent. De lakou Twokèt à lakou Lekòl, en passant par lakou Lili ou encore lakou Claude, le regardeur s’immobilise un instant. Ces corridors faits de taudis sont de véritables générateurs d’artistes qui ont foulé des musées d’art réputés d’Europe et d’Amérique : André Eugène, Frantz Jacques, dit Guyodo, Jean-Hérard Céleur, Jean-Robert Alexis et le jeune Réginald Sénatus, l’étoile montante de l’art de la récupération. Ces créateurs ont vendu un rêve d’artiste.

« Nous vendons un rêve au monde entier, celui de la Ghetto Biennale. C’est ce rêve qui a permis aux jeunes artistes d’exposer à l’extérieur. Ce rêve fait que ces étrangers sont très enthousiastes à venir ici. Ils ont montré qu’Haïti possède des forces et des énergies au-delà de sa situation de misère », se félicite Eugène, l’un des ténors du mouvement Atis Rezistans.

La 6e édition de Ghetto Biennale a encore imprimé sa marque dans le paysage culturel haïtien. Constituée d’un ensemble d’activités, allant d’expositions aux formations en ateliers, cette manifestation représente un creuset de savoir-faire entre nos artistes autodidactes et les étrangers académiques. Venus de plusieurs pays du monde, ces derniers estimés à une quarantaine ont déambulé dans nos lakou.

L’art  s’étend sur tout le territoire. Il importe d’aller à sa rencontre en la personne d’artistes, en des lieux parfois inimaginables.

Elien PierreElienpierre60yahoo.comAuteur