Si l’édition 2020 de Livres en folie sera virtuelle, l’invitée d’honneur est bien réelle. C’est Evelyne Trouillot, l’auteure de “Rosalie l’infâme”, femme d’idées et de création, enseignante, mère de famille et appartenant à une lignée prestigieuse de gens de lettres, qui a été retenue par les organisateurs. Co-animatrice de la Fondation Anne-Marie Morisset qui est responsable du Centre Culturel Anne-Marie Morisset, Evelyne Trouillot est tour à tour pédagogue, romancière, militante de la langue créole et engagée dans des combats pour un pays meilleur. Elle présentera l’ensemble de son œuvre cette année aux lecteurs. Les dédicaces seront pour plus tard, après la pandémie.

Née à Port-au-Prince, Évelyne Trouillot y fait ses études classiques. Adolescente, elle part après le bac pour les États-Unis d’Amérique. Après des études universitaires en langues et en éducation, elle revient avec sa famille au pays en 1987.

C’est en 1996 qu’elle publie son premier recueil de nouvelles, “La chambre interdite”. Depuis, trois autres recueils de nouvelles ont suivi : “Islande suivi de La mer entre lait et sang”, “Parlez-moi d’amour” et “Je m’appelle Fridhomme”.

En 2001, Évelyne Trouillot publie son premier recueil de poèmes, “Sans Parapluie de retour”, suivi de “Plidetwal” en 2005 et “Par la fissure de mes mots” en 2014. En 2020, elle publie un nouveau recueil en créole, “Yon Kòd Gita”.

En 2003, le premier roman d’Évelyne Trouillot, “Rosalie l’infâme” parait aux éditions Dapper. Depuis, cinq autres romans ont suivi : “L’œil-totem”, “Le mirador aux étoiles”, “La mémoire aux abois”, “Absences sans frontières” et “Le rond-point”. Les thèmes varient de la vie des esclaves à Saint-Domingue à la dictature des Duvalier, en passant par la question de couleur et l’occupation américaine, pour arriver aux ravages que la misère et les inégalités sociales et économiques font au sein de la population. En 2020, parait un septième roman, “Désirée Congo”, qui évoque une tranche importante de l’histoire du pays mais toujours avec ce regard sur les anonymes laissés de côté par l’histoire officielle.

Dans ses romans, qu’il s’agisse de “Absences sans Frontières”, de “L’œil-totem”, de “Le mirador aux étoiles” ou de “La Mémoire aux abois”, Évelyne Trouillot évite la linéarité. Les retours en arrière, les enchevêtrements des voix, les juxtapositions des récits reflètent le choix de la romancière de présenter divers éclairages sur la réalité, de questionner celle-ci et de permettre aux lecteurs d’aller aussi loin que possible dans leur exploration ; qu’il s’agisse de “Le mirador aux étoiles” où les préjugés de couleur et de classe font peser un lourd fardeau sur les membres d’une famille ; qu’il s’agisse de “Absences sans frontières”, où un père fait face aux difficultés rencontrées par les immigrants « sans-papiers » ; qu’il s’agisse de “Le rond-point”, où l’univers d’un kidnappeur en herbe est mis à côté de celui d’une petite bourgeoise plus ou moins consciente de ses privilèges, les textes d’Évelyne Trouillot présentent des personnages complexes, des histoires qui obligent le lecteur à regarder différemment le monde.

Le même souci de quête de sens se retrouve dans les nouvelles. “Parlez-moi d’amour” (réédité en 2020) plonge le lecteur dans un univers fantastique où les séquelles de la dictature paraissent encore plus horrifiantes. “Je m’appelle Fridhomme” offre trois morceaux de vie qui constituent « un plongeon lucide, et sans apologie, intense et percutant dans les réalités haïtiennes ».

En 2005, le premier texte théâtral d’Évelyne Trouillot, “Le Bleu de l’île”, est primé par ETC Caraïbes et reçoit le prix Beaumarchais de la Caraïbe ex-aequo. Mis en lecture à Paris, à la Martinique et la Guadeloupe. “Le Bleu de l’île” est joué à Port-au-Prince en septembre 2009 par la troupe Dram’Art dans le cadre du festival théâtral Quatre Chemins.

Évelyne Trouillot a également écrit pour les jeunes lecteurs : récits, contes, poèmes.  Elle produit en 2002 une étude qui présente à la fois un constat et une plaidoirie sur l’enfance et l’État de droit en Haïti.

Évelyne Trouillot partage son temps entre la littérature et l’éducation. Elle dirige depuis 2002 “pré-Texte”, un bureau de traduction, d’édition et production de textes. Depuis 2011, avec sa fratrie, Évelyne Trouillot a créé la Fondation Anne-Marie Morisset qui est responsable du Centre Culturel Anne-Marie Morisset situé à Delmas.

Les textes d’Évelyne Trouillot veulent briser les silences. Silences face au rôle des femmes dans l’histoire du pays, silences face aux inégalités sociales, aux injustices, silences face aux tabous et aux préjugés. Un souci de transmission critique de l’histoire, un engagement social et littéraire, un besoin d’aller plus loin dans le travail de l’écriture et dans la quête de sens marquent la fiction, la poésie et le théâtre d’Évelyne Trouillot.

La 26e édition de Livres en folie a trouvé en Evelyne Trouillot une invitée d’honneur à la hauteur des ambitions de cette édition virtuelle. L’écrivaine s’inscrit dans la droite ligne des précédentes figures qui ont porté la foire depuis 1995.

Emmelie Prophète Milcé