Miwo Miba, le système, le chaos et le nouvel ordre

Publié le 2020-06-12 | Le Nouvelliste

 

Pour paraphraser le philosophe allemand Max Weber, Miwo Miba est l’alliance de l’académique et de l’économique. Gabriel Nicolas (Ph.d de son état) et Joël E. Vorbe que tout sépare, c’est-à-dire « l’écart générationnel, l’exclusion, les inégalités, les idées préconçues… » vont emprunter un périple à deux. Il s’agit, pour les auteurs, d’« aller à la rencontre de l’autre ; car, au carrefour des quatre chemins, grand rendez-vous du donner et du recevoir, il n’y a pas d’opportunité sans risque ».

Plus d’un peut s’étonner qu’un rejeton de l’élite économique haïtienne, s’associant de surcroit à un universitaire, s’inquiète de l’état de notre misère. Pour eux, l’issue réside dans la reconnaissance des « coulisses européennes, africaines et taïnos » et doit conduire à trois formes d’engagement intimement liées : « Se fortifier sans cesse face aux défis, prendre courage, agir sans crainte. »

Écrit en français et en créole, Miwo Miba… se veut un diagnostic de notre situation à partir d’une analyse de notre univers mental mais en proposant des pistes de sortie du bourbier. Dans la première partie intitulée « Chaos dans le système », la société haïtienne est saisie à travers les figures de la diligence, le cheval et le cocher. Le premier garantit la sécurité, le service, le deuxième renvoie à l’énergie nécessaire à la productivité, le troisième « assure le rôle de l’intelligence, du guide, de l’humain ». À chacune de trois figures, sont attribués trois principaux éléments de « la dynamique du système social ». Il s’agit des « institutions » pour la diligence, de « la pâte humaine »  pour le cheval et des « valeurs » pour le cocher.

Les trois chapitres de cette première partie renferment, pour ainsi dire, les explicitations relatives à ces trois aspects de la société haïtienne. Des institutions en faillite dans le chapitre I, en passant par les valeurs mises en déroute dans le chapitre 2, sans oublier « Des humains aux abois », tout est fait pour nous dire que la transformation d’ « Ayiti » passe par une reconstruction de identité. Ainsi, « le système est […] un mode de fonctionnement qui roule au rythme des intérêts d’individus puissants, dans l’arbitraire et l’autoritarisme. Avec la corruption en amont et l’impunité en aval, l’opacité, l’informel et l’omerta, indiquent en pointillé les contours d’un mode de fonctionnement à géométrie coercitive variable ».

Gabriel Nicolas et Joël Vorbe ne se sont pas limités au constat funeste du fonctionnement de notre société. Tel est le sens, à leurs yeux, de la deuxième partie consacrée à la «  projection du nouvel ordre ». Au dire des auteurs, les « prémices » à toute amélioration de la société haïtienne doivent passer par l’identification des « faits », l’application des « lois » et des « principes ». Comme l’a été pour la première partie, les trois chapitres ont décliné avec luxe de détails les voies et moyens relatifs à ces trois paramètres. Dans le chapitre intitulé « Un champ de créativité à réorienter », ils en appellent à un retour sur soi de façon à bondir véritablement. « […] pour tenir dans la durée, l’élan d’émancipation doit être renforcé par une réorientation structurelle de l’état d’esprit hérité de l’ancien système », assument à quatre mains Nicolas et Vorbe.

Identifier les handicaps de notre condition, trouver les bons outils pour les combattre, partager les joies de cette délivrance à chaque compatriote ont été le vœu formulé dans « Miwo Miba, le système, le chaos et le nouvel ordre » qui sera disponible à la 26e édition virtuelle de Livres en folie cette année. Ce vœu peut être aussi vôtre si vous vous en procurez un exemplaire.