Les mesures de confinement adoptées par la Chine pour faire face au coronavirus s’appliquent actuellement en Europe, dans les Amériques et les autres continents à travers le monde. D’un pays à un autre, le Covid-19 fait rage et fait peur. Il s’agit d’une grande première dans l’histoire de l’humanité. Aucune autre pandémie n’avait bouleversé la terre de cette manière au point où de nombreux pays se voient obligés de fermer leurs frontières pour empêcher sa propagation. Afin d’éviter l’introduction de nouveaux cas et empêcher la progression du virus, plusieurs pays ont momentanément stoppé le trafic aérien avec d’autres Etats. La priorité de tous les pays, pour l’instant, est la lutte contre cette pandémie. Si les ports de certains pays restent ouverts au transport de marchandises, il n’est pas pour autant une priorité pour beaucoup de gouvernements à travers le monde.

Il n’est un secret pour personne que l’économie mondiale est fortement affectée par le Covid-19. Le confinement, stratégie utilisée par beaucoup de gouvernements pour bloquer la propagation du virus, entraîne de grandes répercussions sur la production de biens et services. La première conséquence est la baisse de la production dans tous les champs d’activité. Mis à part quelques commandes liées au Covid-19, les échanges commerciaux sont au point mort à travers le monde. Les pays les moins avancés, qui dépendent des pays industrialisés pour s’approvisionner en produits de première nécessité, connaîtront des jours mauvais si le virus continue de se propager dans les principaux pays fournisseurs de biens et services.

La République dominicaine les Etats-Unis et la Chine constituent les trois principaux fournisseurs d’Haïti en produits de toutes sortes. Les dernières données statistiques révèlent que 60% des produits de première nécessité utilisés dans la consommation en Haïti proviennent de ces trois pays. Qu’arrivera-t-il à notre pays si ces trois fournisseurs ne parviennent pas à contenir l’épidémie du coronavirus durant plusieurs mois ? Dans un sens comme dans l’autre, le Covid-19 devient un tournant pour l’économie mondiale.

La décennie 1980-1990 a été marquée par une grande influence du gouvernement américain sur les pays du sous-continent à travers le Fonds monétaire international en matière de production des biens de première nécessité. Le FMI encourageait les gouvernements à s’approvisionner sur le marché international pour les produits fabriqués localement dont les coûts sont plus élevés. Plusieurs pays, dont Haïti, avaient renoncé à la production d’une série de biens de première nécessité. Le ministre de l’Economie et des Finances du Conseil national de gouvernement (CNG), Leslie Delatour, fut le principal artisan de cette politique qui a conduit Haïti au bord de la faillite. Incapables de concurrencer les produits importés, plusieurs usines furent obligées de plier bagage et les cultivateurs abandonnèrent leurs jardins.

Les mesures de confinement utilisées par tous les pays pour éviter la propagation de la pandémie témoignent de l’obligation pour un pays d’être autosuffisant en matière de production des biens de première nécessité. Un Etat qui se respecte doit pouvoir créer les conditions nécessaires pour nourir sa population. Le moment est venu pour les dirigeants haïtiens de repenser l’économie de notre pays. L’agriculture, l’agro-industrie resteront-elles entre les mains de producteurs américains et dominicains comme c’était le cas depuis les années 80 ? Doit-on attendre la fin de cette pandémie dévastatrice pour jeter les bases des premières initiatives devant conduire à une nouvelle conception de notre économie pour le bien de tous les Haïtiens ?

Lemoine Bonneau

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