Double casquettes pour Joseph Jouthe, à la fois Premier ministre et ministre de l’Environnement, qui a fait le déplacement pour installer son successeur l’entrepreneur touristique et militant écologiste très actif dans la promotion des potentialités et opportunités de la montagne Abner Septembre, le vendredi 6 mars 2020.

D’une pierre plusieurs coups, le Premier ministre a bien profité de cette cérémonie pour non seulement installer son successeur en utilisant des termes très élogieux pour le décrire et justifier son choix dans une liste de plus de vingt personnalités. Il a pris le soin de présenter une certaine sociologie de l’environnement administratif et politique, psychologie et émotionnel du ministère de l’Environnement. Entre conseils de l’ancien ministre et les consignes des hauts cadres du ministère de l’Environnement à prendre en compte par le nouveau titulaire, comme secret pour réussir sa mission, ce fut une belle transition entre deux leaderships, de Jouthe à Septembre.

Désormais la page Joseph Jouthe tourne au sein du ministère de l’Environnement, qui lui a servi de levier pour devenir trop rapidement en quelque temps, le ministre de l’Économie et des Finances, pour ensuite prendre les commandes de la Primature. On retiendrait les quelques larmes versées par le Premier ministre Joseph Jouthe, le moment venu pour lui de dire adieu à ces anciens collaborateurs envers qui il semble avoir gardé des souvenirs les plus émouvants.

Dans son allocution comme nouveau ministre de l’Environnement, Abner Septembre a pris le temps pour dresser le tableau de grands défis écologiques, tout en situant les limites de se engagements et ses espoirs de bénéficier de la primature des moyens nécessaires pour matérialiser les programmes et les projets par rapport aux urgences et priorités en termes de politiques publiques dans le prochain agenda national de l’environnement, sous forme de feuille de route.

Déterminé à marquer son passage, le nouveau ministre Septembre, a beaucoup mis l’accent sur : « Un inventaire de quelques facteurs, toutefois non exhaustifs, qui s’imposent pour faciliter notre compréhension des défis et des enjeux. La colonisation anarchique des mornes, la construction de logement et de bâtiment, de route, d’installations d’antennes de télécommunication sans évaluation du bienfondé de leurs places dans un espace donné à des impacts environnementaux négatifs importants ; l’utilisation de polystyrène et la mauvaise gestion des déchets plus globalement générant des pollutions massives et des foyers de concentration de toxiques, d’incubation de virus et bactéries portant autant atteinte aux écosystèmes qu’à la population haïtienne ; la coupe abusive conduisant à la déforestation et à la destruction des capacités des sols à stocker la ressource en eau ; l’élevage libre des animaux, l’absence d’agents forestiers et de force de police rurale ; la question des tenures foncières ; l’exploitation abusive des carrières et des mines en ignorant toute responsabilité des entreprises envers l’environnement et l’impact de leurs activités sur les ressources en eau, la poussière et leurs atteintes au cadre de vie des communautés voisines et à leur santé ; les problèmes d’assainissement contaminant les nappes d’eau souterraines qui par ailleurs alimentent les sources et forages captés de centaines de milliers d’habitants en zones de plaines ; les mauvaises pratiques culturales sur les pentes aux sols meubles, la non-protection des espèces animales comme végétale, auquel s’ajoute le mauvais comportement des uns et des autres, la prolifération de marchés sans contrôle, où s’empilent les fatras comme faisant partie du décor de nos paysages aux yeux de nos enfants et du Monde.

Derrière les causes de ces défis et dérives, il a fait savoir que : « Tout cela trouve une partie de son origine dans le faible investissement dans l’éducation relative à l’environnement et l’abandon du bon geste civique de tout citoyen et toute citoyenne au bénéfice du patrimoine national du fait de la méconnaissance, et le manque de facilités de services comme celles du ramassage des ordures ménagères, de restauration des écosystèmes, de gestion environnementale et la valorisation rationnelle et durable de notre patrimoine naturel. »

Dynamique et expérimenté dans le secteur de l’environnement, le nouveau titulaire du ministère de l’Environnement a fait savoir que : « rien ne pourrait s’envisager sans la mise en réseau des Aires protégées existantes et l’identification de nouvelles zones et le concours tout d’abord à leur reconnaissance internationale par l’État au travers de ses services départementaux de l’environnement et de l’Agence Nationale des Aires protégées, ensuite, par le renforcement de la politique de recherche universitaire d’Haïti afin, enfin de constituer un véritable référentiel scientifique de notre patrimoine naturel riche d’endémisme, d’écotypes et de particularités climatiques faisant de notre pays un territoire reconnu pour sa politique de « recherche/action » pour l’application des conventions internationales au bénéfice de l’environnement, des citoyennes et des citoyens et des richesses économiques résultantes des fonctions et aménités environnementales. »

Dans une sorte d’invitation, il souligne : « le MDE en appelle : à la participation, à la responsabilité et à la vigilance citoyennes ; à la participation et à la responsabilité des entreprises de production et de services ; à l’appui des institutions de la société civile (entre autres : la presse, l’université, l’école, l’église) ; à la participation et à la responsabilité des acteurs politiques ; au soutien renforcé des partenaires techniques et financiers de l’État dans le secteur ; à l’investissement du privé dans des initiatives innovantes relatives à l’environnement. Bref, les chantiers sont immenses. J’attends la feuille de route pour formuler les grands objectifs et les grandes orientations du ministère de l’Environnement. »

Dans ses marques de reconnaissances exprimées en présence de plusieurs hauts cadres de l’institution, des invités de marque, des représentants des institutions partenaires et des organisations impliquées dans la bataille pour la protection de l’environnement, le ministre Septembre s’est exprimé en ces termes : « Je remercie son Excellence le président de la République, Jovenel Moïse et son excellence le Premier ministre Joseph Jouthe d’avoir bien voulu placer en moi leur confiance, en me confiant le poste de ministre de l’Environnement. Ce n’est ni un cadeau ni une faveur. C’est une lourde responsabilité. Le contexte est particulièrement difficile, le temps est court, le défi est de taille et les attentes sont élevées. »

Déterminé à réussir, il conclut son discours en donnant un signal clair et fort sur son style de leadership particulier, en misant sur ce qu’il a comme bagage expérimental ou comme valeur ajoutée. « Ma combativité, mes expériences, ma capacité de mobilisation, mon sens d’ouverture, ma rigueur et mon souci de résultats seront mis à contribution. Je voudrais saluer mes collaborateurs immédiats au sein du ministère, à tous les niveaux. Je sollicite leur appui soutenu au plan d’action du ministère. Qu’ils en fassent leur affaire et les résultats leur fierté.»

Dans son éternel attachement à ses racines ancestrales et la communauté qui a servi de levier au patron de l’hôtel Villa Ban-Yen pour passer du statut d’entrepreneur touristique à ministre de l’Environnement, Abner Septembre termine son discours d’investiture sur ces notes suivantes : « Je remercie les membres de la famille, les amis, les sympathisants et les institutions partenaires qui sont présents à cette cérémonie, ceux et celles, d’ici et d’ailleurs, qui ne sont pas là et qui m’ont apporté leur soutien d’une façon ou d’une autre. Merci à mes parents, merci à Vallue. »

Des résultats pour rentrer debout dans l’histoire et marquer l’environnement politique positivement, c’est le vœu des différentes personnalités présentes lors de cette cérémonie, notamment les représentants de plusieurs institutions et opérateurs comme l’Association des Paysans de Vallue (APV), des représentants du Réseau national des Promoteurs du Tourisme solidaire (RENAPROTS), de la Fédération des Amis de la Nature (FAN), dont Pierre Chauvet, Jean Euphèle Milcé, Jean Camille Bissereth, Rudy Derose, Ferney Piou, Majory Louis-Mard, Yvon Faustin, Jean Vilfort Eustache, entre autres.

Dominique Domerçant