C’est au Palais national que le président de la République a fait le traditionnel discours de la fête de l’Indépendance du pays le 1er janvier 2020. Jovenel Moïse, qui n’a pas pu se rendre cette année aux Gonaïves à l’occasion des 216 ans de l’indépendance d’Haïti à cause des menaces des membres de l’opposition, n’a fait aucune promesse, contrairement à l’année dernière…

Publié le 2020-01-06 | Le Nouvelliste

 

Après le 17 octobre et le 18 novembre, encore une fois, le président de la République a été contraint de commémorer les 216 ans de l’indépendance du pays au Palais national. Jovenel Moïse, qui n’a pas pu se rendre aux Gonaïves ce 1er janvier à cause de la situation de tension qui y règne, a toutefois fait une petite balade au Champ de Mars.  Le chef de l’Etat a donc procédé à une offrande florale au pied du monument dédié au héros Henri Christophe à l’occasion des 216 ans de l’Indépendance d’Haïti.

Si le 1er janvier de l’année dernière le chef de l’Etat avait promis des élections, l’amendement de la Constitution, le dialogue, la relance agricole, entre autres, cette année Jovenel Moïse n’a fait aucune promesse ni donner d’explications sur les rendez-vous manqués de 2019. Au Palais national en présence des représentants des deux autres pouvoirs de l’Etat, du haut état-major des Forces Armées d’Haïti, de celui de la Police nationale d’Haïti et des membres de la communauté internationale, le président s’est excusé de n’avoir pas pu tenir la promesse de l’électricité 24 sur 24.

« J’avais promis l’électricité 24 sur 24. Je n’ai pas pu le faire dans le délai souhaité, je m’en excuse devant vous. J’avais mal évalué les forces en présence. Ces forces sont très puissantes et prennent toutes sortes de formes pour conserver ce système. Elles contrôlent les principales institutions du pays afin de défendre leurs privilèges et leurs intérêts », a dénoncé le chef de l’Etat chargé d’assurer le bon fonctionnement des institutions du pays. « Nou tout wè a klè nan ki nich koulèv mwen foure menm, lè m deside angaje m nan yon seri de refòm andedan peyi a », a-t-il ajouté.

Après avoir fait un bref rappel de l’histoire d’Haïti dans son discours, le président a souligné que lorsqu’il y a de l’unité entre le peuple il y aura de la stabilité, la clé du développement et de la croissance économique. « Lè gen linite ak linyon, nou vi’n pi fò, pi djanm nan konbat sou devlopman, nan poze pwoblèm yo e jwenn solisyon pou yo. Lè gen linite ak linyon, nou pap fè diferans ant moun anwo ak moun anba, ant moun rich ak moun pòv, ant moun po nwa ak moun po klè,  ant moun andeyò ak moun lavil. »

Jovenel Moïse, qui, le 22 décembre dernier, avait menacé ceux qui se mettent au travers de sa route en leur annonçant qu’ils seront victimes d’accidents, a déclaré ce 1er janvier 2020 que le désordre entraîne la violence et la violence entraîne la misère et la pauvreté.

Après trois ans au pouvoir, Jovenel Moïse  estime que « la construction de la nation est le préalable aux initiatives et aux décisions devant conduire à plus de bonheur collectif. » « Il nous faut avoir le courage de reconnaître que nous n’avons pas réussi à nous construire cette maison commune qu’est la nation haïtienne. L’État lui-même s’est érigé contre la nation. Il est donc venu le temps d’expliciter cette idée-programme selon laquelle nous nous proposons de ‘’Transformer l’État pour transformer la société’’ », a-t-il avancé.

Selon Jovenel Moïse, les anciens esclaves, devenus paysans, n’ont jamais eu ni routes, ni écoles, ni hôpitaux, ni eau potable, ni électricité. « L’État, notre État, n’a servi qu’à garantir les conditions de reproduction de cet ordre postcolonial. Tout l’État a servi à perpétuer cet état de choses. Ceux qui continuent à s’enrichir trouvent normal : qu’ils ne payent pas de taxes, qu’ils ne puissent exister aucune compétition,; qu’ils fixent les prix aux consommateurs et surtout quand ce consommateur est l’État lui-même », a dénoncé l’ancien homme d’affaires.

« De cette façon des groupes se sont enrichis sans jamais participer à l’effort de production, de création de richesses. Ils se sont enrichis aux dépens de l’arrière-pays, du « pays en dehors », qui maintenant peuple nos quartiers défavorisés », a avancé le chef de l’Etat, l’air impuissant. Selon lui, « nos élites n’ont jamais su construire la nation où tous pourront se retrouver pour la poursuite de rêves communs.

En guise de promesses, le président a fait des généralités en annonçant sans donner des dates que l « ’État renforcera la cohésion nationale et sociale par la sécurité des voies routières, qui permettront aux personnes et aux biens de circuler librement, par le renforcement de nos institutions scolaires, par des programmes d’action civique pour des jeunes de toutes les couches sociales. » « L’État doit prendre le contrôle des frontières par le contrôle des douanes, maritimes, terrestres et aériennes », a-t-il ajouté.

Encore une fois, le chef de l’Etat a lancé un appel au dialogue pour trouver une solution à la crise. « Quelles que soient nos divergences politiques, nous devons nous donner la main, nous asseoir autour d’une table pour discuter ensemble des réformes qui permettront au pays d’être gouverné, d’être mis sur les rails du développement durable », a-t-il exhorté.