Carriès fait un retour fracassant dans l’actualité. Cette fois, des humbles, « frustrés », après une énième attaque de bandits lourdement armés venus des hauteurs de Fond-Baptiste qui fait un mort et huit maisons incendiées, auraient incendié à leur tour plus de trois maisons de plage cossues pour attirer l’attention des autorités sur leur drame, un conflit terrien vieux d’au moins trois ans.

Publié le 2020-05-20 | Le Nouvelliste

 

Au petit matin, à Carriès, entre le littoral et les flancs de montagne, une colonne de fumée s’élève vers le ciel. Le feu, rouge et vorace, ravage des maisons de plage cossues avec vue imprenable sur l’île de la Gonâve. Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont permis de voir des carcasses d’un véhicule et d’un jet sky calcinés, des chambres encore fumantes aux pans de mur fraîchement léchés par les flammes.

Le juge de paix de l’Arcahaie, Henry Claude Louis Jean, interrogé par Le Nouvelliste, méthodique, étale les pertes verbalisées. Les maisons de plage, propriétés de André Apaid Junior, Allan Zuraik, Eddy Steven Handal, ont été incendiées. Les flammes ont ravagé une partie de l’hôtel Ocean View; la barrière de l’hôtel Wahoo Bay Beach a été défoncée et des baies vitrées ont été cassées, a-t-il dit.

Sur l’origine du sinistre, la piste accidentelle est écartée d’emblée. Les premiers éléments d’informations  indiquent que les habitants de Carriès ont incendié délibérément ces maisons de plage.  Ils seraient « frustrés » après une nouvelle attaque d’individus lourdement armés venus de Fond-Batiste qui ont « assassiné »  par balle un habitant de Carriès, Francky Andréus, et incendié 8 maisonnettes, explique le juge de paix  Henry Claude Louis Jean. «L’attaque s’est produite entre 4 heures et 5 heures du matin », détaille le juge.

La mairesse de l’Arcahaie, Rose Mila Petit-Frère, qui déplore ces incidents, souligne avoir eu écho de récriminations d’habitants de Carriès qui ont voulu que des riches voisins partagent leurs douleurs, leurs drames. Ils disent que si les nantis propriétaires de maisons de plage de la zone s’étaient impliqués, le conflit terrien serait déjà résolu. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des attaques à Carriès », se lamente la mairesse avant de tancer les autorités du pouvoir central.

«Il n’y a aucune volonté de résoudre le problème. Les responsables de l’Etat attendent souvent qu’il y ait du grabuge pour envoyer une patrouille de police sur place », balance Rose Mila Petit-Frère, soulignant que « les  six policiers du sous-commissariat de Carriès ne peuvent pas faire face à ces individus » lourdement armés venus de Dumarant, 7e section de Fond-Baptiste.

Pour la mairesse de l’Arcahaie, il faut que le Casec de Fond-Baptiste s’implique dans la recherche d’une solution au problème, que le ministre de la Justice instruise la police pour que ce réseau soit démantelé. Les terrains réclamés par ces individus appartiennent à l’Etat. La DGI doit formaliser la concession aux occupants à Carriès, explique Rose Mila Petit-Frère à un moment où les armes de guerre, en nette prolifération, sont mises au service de toutes les mauvaises causes, rendant la sécurité publique encore plus précaire.

Le Premier ministre Joseph Jouthe, président du Conseil supérieur de la Police nationale, au terme d’une visite à Carriès, s’est dit « consterné » face aux dégâts. « C’est une consternation. Je me suis rendu dans la zone ce matin et j’ai vu tous les dégâts causés à cause de cette histoire qui dure depuis quatre années », confie-t-il.

« J’ai passé des instructions au ministre de la Justice, et de la Sécurité publique comme dans le cas des Benoit, pour qu’il me fournisse toute la documentation sur ce dossier », indique le Premier ministre Joseph Jouthe qui appelle « la justice à sévir contre ceux qui sont responsables de tous ces dégâts ». Le chef du gouvernement souligne être dans une égale sympathie pour les propriétaires de maisons cossues et pour ceux des huit autres maisons incendiées.

Le journal a appris d’une source que le processus de formalisation de certains résidents de Carriès par la DGI traîne en longueur à cause du temps fou que met la DGI à arpenter les parcelles pour faire les extractions en faveur de chaque bénéficiaire.« La solution, après les incidents d’aujourd’hui, expression d’une exaspération, n’est pas de chercher à arrêter les résidents de Carriès responsables des incendies dans les maisons de plage. Il faut de préférence accélérer le processus pour que tous les propriétaires, les riches comme les pauvres, obtiennent des concessions en bonne et due forme de la DGI, de l’Etat », soutient cette source, expliquant que ces terrains sont dans le domaine privé de l’Etat depuis des lustres.

Une autre source, interrogée par le journal, croit qu’il faut finalement prendre les dispositions pour résoudre le problème en amont. « Il faut gérer le problème cadastral en amont », plaide cette source, estimant nécessaire de faire le cadastre du secteur, du nord de Cité Soleil jusqu’à la rivière de Montrouis. Après le séisme, des photos aériennes de tout le pays ont été prises. Cela sera utile dans le processus.

En outre, poursuit cette source, il faut dépoussiérer le cadre juridique. Quatre projets de lois, sur l’arpentage, le métier de notaire, le cadastre, la publicité foncière, sont au Parlement. Ils n’ont pas été votés, s’est plainte cette source, estimant qu’il est urgent de revoir les procédures judiciaires et de donner une compétence unique à une chambre foncière pour trancher les litiges, les conflits possessoires ou pétitoires.

Pour cette source, la gestion de ces problèmes est indispensable à la sécurité publique et au développement économique du pays.