Après environ cinq ans de stagnation économique où la croissance de l’économie a été en moyenne de 1.64%, soit un niveau très faible par rapport à la croissance potentielle, Haïti est en passe de connaître une dépression économique, estime l’économiste Riphard Serent.  Selon lui, cette perspective d’une dépression économique ou encore d’une croissance négative est la résultante d’un ralentissement spectaculaire de  l’activité économique à cause de la dégradation du climat des affaires, cette dernière provoquée notamment par les soubresauts sociopolitiques.

« Certaines entreprises sont obligées de fermer leurs portes. D’autres se voient dans l’obligation de renvoyer définitivement ou temporairement leurs employés, à cause d’une baisse considérable des chiffres d’affaires ou d’une situation d’inactivité complète », a renchéri Riphard Serent, qui est aussi chroniqueur économique sur les ondes de radio Vision 2000.

M. Serent croit que les investissements tant publics que privés sont en nette baisse cette année par rapport à l’année dernière. « Le comportement des entreprises, d’une part, et le pays qui n’est pas en chantier, d’autre part, en témoignent. L’absence d’un budget national, entre autres, a bloqué une bonne partie des opportunités de financement tant du secteur public que du secteur privé », a analysé l’économiste Serent. Or, rappelle-t-il, on ne peut pas avoir de création d’emplois ou une augmentation de l’activité économique sans des investissements.

« Après cette baisse de 72% des investissements directs étrangers en 2018, on doit craindre encore cette année une autre chute de ces investissements à moins de 100 millions de dollars américains, à cause du climat socio-politique et les incertitudes y relatives », a fait ressortir Serent. Il ajoute qu’en revanche, de l’autre côté de la frontière en République dominicaine, le gouverneur de la banque centrale dominicaine a fait savoir qu’il s’attend à des niveaux d’investissements étrangers supérieurs à $2,5 milliards de dollars cette année.

L’analyste économique a montré que la situation reste toujours très préoccupante au niveau du secteur externe avec un taux de couverture de l’économie de 26%, alors que les données de la BRH montrent que le déficit commercial a baissé de 7.3%  au cours des six premiers mois de l’exercice par rapport à la même période de l’exercice antérieur. En effet, explique Riphard Serent, l’écart entre les importations et les exportations reste toujours trop élevé et que le niveau du financement des importations par les exportations reste trop faible (26% en Haïti contre plus de 80% en République dominicaine).

M. Serent considère par ailleurs les transferts de la diaspora comme un soulagement dans cette galère. Ces transferts ont progressé de 6.72% au cours des sept premiers mois de l’exercice pour atteindre près de 1.5 milliard de dollars. L’économiste Riphard Serent estime qu’il n’existe que cette source de devises qui nous épargne encore de la bombe socio-économique. Selon ses dires comme les nerfs ne sont plus à fleur de peau sur le marché des changes, même si le prix à payer pour avoir ce résultat n’est pas ce que souhaiterait un économiste haïtien.

De toute façon, l’année 2019 aura été l’une des pires années économiques du pays depuis après le tremblement de terre 2010. Encore une preuve que les progrès économiques et sociaux sont-ils tributaires d’un environnement politique stable.