Source HL/ HaïtiLibre 

Mardi, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 2180 (2014), prorogeant pour une année le mandat de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah).

Le Conseil a exprimé sa grande préoccupation face aux élections longtemps retardées et a exhorté les acteurs politiques haïtiens à travailler en collaboration et sans plus tarder pour assurer la tenue des élections législatives, sénatoriales partielles, municipales et locales. Le Conseil a demandé à la Minustah de mener et coordonner, le cas échéant, les activités d’assistance électorale internationale en appui au gouvernement haïtien pour des élections libres, équitables, inclusives et transparentes. 

Conformément à la recommandation du Secrétaire général en ce qui concerne l’effectif du personnel en uniforme, le Conseil de sécurité a décidé que la Minustah continuera à réduire sa composante militaire, de l’effectif actuel de 5,021 troupes à un maximum de 2,370 soldats, tout en maintenant la composante de police à son effectif actuel allant jusqu’à 2,601 agents. Le Conseil a demandé au Secrétaire général de veiller à ce qu’un effectif de la force proche du niveau actuel soit en place dans le pays jusqu’au moment où il présentera son prochain rapport au Conseil [en Mars 2015], affirmant que les ajustements à la configuration de la force doivent être basés sur la situation sur le terrain.

Rappelant le rôle essentiel que joue la Police nationale d’Haïti dans le maintien de la sécurité et de la stabilité en Haïti, et soulignant la nécessité de continuer à renforcer l’état de droit, incluant le système judiciaire et pénitentiaire haïtien, le Conseil a demandé à la Minustah de continuer de renforcer les capacités institutionnelles et opérationnelles de la Police nationale d’Haïti en tant qu’une de ses tâches les plus cruciales. Le Conseil a, en outre, encouragé les autorités haïtiennes à poursuivre l’exécution du plan de réforme de la justice, en prêtant, entre autres, un appui continu au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, afin d’assurer l’indépendance et l’efficacité des institutions judiciaires et à s’attaquer aux problèmes que posent la détention préventive prolongée et la surpopulation carcérale. 

Avec ces effectifs plus restreints, la composante militaire n’aiderait les institutions haïtiennes que si la Police nationale d’Haïti n’était pas en mesure de rétablir l’ordre avec l’appui de la composante de police de la Minustah, explique le Secrétaire général.

En dépit de ces assurances, des membres du Conseil, mais aussi des pays contributeurs de troupes à la Minustah, se sont élevés contre la réduction « drastique » de ces effectifs. Ainsi, le représentant du Chili, M. Cristián Barros, a estimé qu’une telle décision pourrait entamer la capacité de prévention de la Mission en cas de crise.

Partageant le même avis, son homologue de l’Argentine, qui préside les travaux du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre, a déclaré que sa délégation ne s’était pas portée coauteur du texte car, a précisé Mme Maria Cristina Perceval, il ne reflète pas suffisamment les vues exprimées par les pays fournisseurs de contingents, dont le sien, dans le cadre des négociations avec le Groupe des amis d’Haïti.

Pour la représentante de l’Argentine, la situation en Haïti ne s’est pas améliorée au point de justifier une réduction aussi conséquente des effectifs militaires de la Minustah. C’est tout particulièrement vrai lorsque l’on constate que la Police nationale haïtienne ne dispose encore ni de moyens ni d’autonomie nécessaires pour assurer la sécurité dans le pays, a-t-elle fait remarquer.

« Toute diminution de la présence militaire sur le terrain doit être prise à l’aune de ce qui se passe sur le terrain et non d’autres considérations », a martelé, de son côté, M. Barros, suivi en ce sens par ses homologues du Guatemala et de l’Équateur.

Pour le représentant du Guatemala, M. Fernando Carrera Castro, la résolution adoptée aujourd’hui compromet en outre la poursuite de la mise en œuvre du plan de consolidation conditionnel de la Minustah pour la période 2013-2016, qui axe les activités de la Mission sur un ensemble de tâches convenues avec le Gouvernement haïtien.

Pour sa part, le représentant de l’Équateur, M. Xavier Lasso, a estimé que les « incertitudes relatives au processus électoral à venir » n’avaient pas suffisamment été prises en compte, selon lui, dans le cadre de cette décision de réduire les effectifs de la Minustah pour des raisons de toute évidence « budgétaires ».