Le climat d’insécurité qui règne à l’entrée sud de la capitale continue d’entraver le fonctionnement des écoles dans la zone. Après une année scolaire en dents de scie, la reprise des classes semble incertaine. Tout va se jouer entre l’humeur des gangs armés et la réaction de la police mais sans support du ministère.

Publié le 2019-09-06 | Le Nouvelliste

 

Les établissements scolaires qui se trouvent dans la 3e circonscription de Port-au-Prince sont en grande difficulté. Certains affirment être dans l’impossibilité de recommencer l’aventure le 9 septembre comme l’a décidé le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle puisque les conditions ne sont pas réunies. Les enfants, ceux qui n’ont pas encore abandonné leur école pour se rendre dans d’autres zones où les balles ne sifflent pas à longueur de journée, sont réticents à confirmer leur place pour cette nouvelle année scolaire.

Jusqu’ici, les autorités sont incapables de garantir le climat de sécurité nécessaire au bon fonctionnement des établissements scolaires. L’école nationale Hermanne Héraux, qui se trouve à la quatrième avenue Bolosse, n’a fonctionné que pendant quatre mois au cours de l’année scolaire. Nul ne sait quand elle rouvrira ses portes pour accueillir des élèves qui n’ont pas l’intention de venir. Car ils viennent majoritairement de Grand-Ravine et l’école est située sur le territoire d’un groupe rival dénommé Base Pilate. Réputée pour avoir un taux de réussite élevé lors des examens officiels, l’institution est à la traîne aujourd’hui. Seulement neuf élèves de la neuvième année sur 26 ont réussi.

Cette école publique est dans l’impossibilité de suivre le calendrier imposé par le ministère de l’Éducation nationale. Une maison limitrophe a été incendiée récemment. La direction n’affiche aucune confiance quant au retour des élèves qui cherchent désespérément à se délocaliser. Mais le directeur départemental de l’éducation de l’Ouest Fritz Dorminvil n’a jamais voulu satisfaire leur requête. « Vu la situation chaotique des élèves et du personnel, nous avons sollicité un changement de local provisoire sans succès. Nous allons devoir rester au même endroit et fonctionner assurément avec un effectif réduit, quand les balles auront cessé », a confié un responsable préoccupé.

Le directeur de l’école mixte Frère Saintil estime que les enfants sont livrés en pâture aux bandits dans un endroit qui se trouve à proximité des sièges des principaux de l’État. Il a pointé du doigt l’irresponsabilité des autorités du MENFP qui n’ont jamais rendu visite à ces écoles ou essayé de s’enquérir auprès d’elles des difficultés qu’elles rencontrent. « Une bonne partie des élèves qui vivent dans la zone ont déserté. Nous ne pouvons même pas ouvrir un registre d’inscription cette année. La rentrée programmée pour le 9 septembre ne sera pas effective chez nous. Il y a un groupe de bandits qui interceptent et interrogent les élèves qui viennent ailleurs au niveau de la 4e avenue. Nous avons écrit à la DDO mais rien n’est fait pour assister économiquent les parents dépourvus de tout », a-t-il soutenu, tout en se demandant si eux, ils ne vivent pas dans le pays pour ne pas mériter une telle attention.

Un directeur d’école de Carrefour-Feuilles, quant à lui, dénonce la passivité des autorités qui laissent les bandits paralyser toute la 3e circonscription quand il le souhaitent. Cette situation préoccupe plusieurs parents dont les enfants doivent traverser Martissant et le Bicentenaire pour trouver le pain de l’instruction. Les écoles qui sont établies dans cette zone qui ressemble à un no man’s land exigent la paix et la sécurité pour une reprise normale de leurs activités, a-t-il ajouté. Ce qui ne peut se faire si la peur de se retrouver entre les feux croisés des bandits qui sèment la terreur habite tout le monde.