Le Premier ministre Joseph Jouthe a visité les locaux de l’Électricité d’Haïti (ED’H) le lundi 27 juillet 2020. À l’issue de cette visite, le chef du gouvernement a présenté des projets pour restructurer l’ED’H. Il en a profité pour échanger avec les responsables de la Fédération des syndicats des travailleurs et travailleuses de l’Électricité d’Haïti (FESTRED’H) qui s’oppose à la nomination de Michel Présumé à la tête de l’institution ; une rencontre est en cours de planification.

Publié le 2020-07-27 | Le Nouvelliste

Vu les tensions que connaît l’Électricité d’Haïti depuis quelques semaines, le Premier ministre Joseph Jouthe a visité le bureau central de la compagnie étatique afin de constater l’état du matériel de l’institution. Après s’en être informé, le chef du gouvernement a tenté de discuter avec les responsables de la Fédération des syndicats des travailleurs et travailleuses de l’Électricité d’Haïti. Mais l’espace, sécurisé par des agents de police depuis environ quatre jours, n’était pas approprié.

À l’occasion de cette visite, le locataire de la Primature a présenté un plan de redressement de l’Électricité d’Haïti. « L’ED’H n’est pas et n’a jamais été dirigée. C’est pourquoi nous sommes arrivés là aujourd’hui », a déclaré le Premier ministre, après avoir dénoncé, sans citer de noms, des tiers qui ont contribué à démonter l’ED’H pour le remettre au secteur privé. Selon lui, Michel Présumé n’est pas le problème. Il est un employé qui exécute les ordres de ses supérieurs hiérarchiques.

Joseph Jouthe reconnait que plusieurs injecteurs de l’ED’H sont en panne. Toutefois, dit-il, le matériel pour remettre la compagnie en marche a été commandé. Entre-temps, les discussions se poursuivront avec les syndicalistes pour leur faire entendre raison. « Je leur parlerai jusqu’à ce que nous trouvions une solution. Ils peuvent toujours refuser Présumé, mais il faut continuer de discuter pour maintenir l’ED’H en vie », a insisté M. Jouthe, qui entend user de la dialectique. Le chef du gouvernement dit rejeter l’idée de nommer un autre directeur à l’ED’H.

Pour redorer le blason de l’Électricité d’Haïti, en attendant l’augmentation de sa capacité de production, a indiqué Joseph Jouthe, des discussions ont été déjà menées avec la Turquie pour nous apporter des barges en vue de commencer la distribution de l’électricité, a-t-il fait savoir. Au Cap-Haïtien, des réparations d’urgence seront réalisées aux centrales électriques. De plus, les équipements sont déjà commandés et arriveront d’ici la semaine prochaine. « Il faut être patient », soutient le Premier ministre.

Joseph Jouthe souligne plus loin qu’une autre centrale électrique de 60 mégawatts sera construite à Carrefour. Les terres déclarées d’utilité publique doivent servir à cela. « On doit aussi construire une autre centrale de 180 mégawatts qui fonctionnera avec du gaz naturel ». Deux centrales de 25 mégawatts chacune seront construites au Cap-Haïtien et aux Gonaïves. À en croire le Premier ministre, le processus de passation de marché pour la construction de ces centrales est en cours.

Au Premier ministre d’ajouter : « Il y a un plan pour augmenter les capacités de l’ED’H avec l’énergie solaire afin de baisser le coût de la production et baisser les factures. » Autrement dit, l’ED’H utilisera des panneaux solaires photovoltaïques. Grâce à cette nouvelle source d’énergie, selon le plan présenté, 150 mégawatts d’électricité seront distribués à Port-au-Prince, 20 mégawatts respectivement aux Gonaïves et au Cap-Haïtien, Jacmel ainsi que Port-de-Paix recevront 10 mégawatts, Jérémie, entre autres, bénéficiera de 5 mégawatts.

Hormis la production, la distribution est aussi prise en compte. Le système de transport est désuet. Les câbles ne tiennent plus, des poteaux sont mal placés ». Pour résoudre ce problème, le gouvernement entend construire 60 kilomètres de ligne de haute tension. Le réseau de Delmas sera réhabilité, annonce Joseph Jouthe.

Le numéro un de la Primature a poursuivi pour dire que l’ordre de décaissement des 150 millions de dollars offerts par Taïwan est déjà donné. « Nous allons commencer à travailler, de concert avec le syndicat bien sûr, pour ouvrir quatre nouvelles sous-stations et réparer neuf autres sous-stations qui fonctionnent mal », ajoute-t-il. L’autre problème de l’ED’H, estime Joseph Jouthe, est la commercialisation. En ce sens, il a fait savoir que le gouvernement recherche des opérateurs privés pour s’occuper de cette partie.

« L’ED’H produit et distribue, mais ne gagne rien », a déploré le Premier ministre, qui souligne certains problèmes comme le nombre de personnes qui reçoivent leurs bordereaux, la vérification des bordereaux et la procédure de facturation qui repose sur une estimation aléatoire. Ainsi, le gouvernement souhaite installer des compteurs prépayés, ce qui permettra d’acheter l’électricité, tel que l’on recharge le compte de son téléphone. « C’est vers cela que nous devons nous orienter », croit Joseph Jouthe.

C’est le nouveau coronavirus qui a retardé le début des travaux, selon M. Jouthe, affirmant qu’un contrat est déjà signé avec une compagnie taïwanaise et la supervision est déjà planifiée. « Nous avons déjà ordonné les décaissements », confie le Premier ministre, renchérissant que les travaux annoncés seront prêts environ quatre à six mois à partir de la date de leur début. Pour les dettes du secteur public envers l’ED’H, le Premier ministre a fait savoir qu’il avait déjà commencé à débiter leur compte pour payer l’EDH depuis qu’il était au ministère des Finances. Plusieurs ministères ont déjà payé et ils continueront à le faire.

Pour la présidente de la FESTRAD’H, Rosemonde Sterlin Adrien, le problème de l’EDH est national, et ne concerne pas seulement les employés. On ne peut vivre sans électricité. Elle a souligné que cette visite « non planifiée » du Premier ministre n’a pas accouché d’une entente. Toutefois ils se sont accordés pour se rencontrer dans environ deux à trois jours afin de trouver une issue à cette crise. « Le problème c’est par rapport à Michel Présumé qui avait liquidé la Téléco, la Minoterie d’Haïti, etc. », a rappelé Rosemonde Sterlin Adrien.

Les agents de police occupent toujours les locaux de l’ED’H. Pour cette visite, de nombreux employés protestataires se sont rassemblés à l’entrée du local dans le but de faire obstruction au cortège du Premier ministre. À un certain moment, la police nationale a même usé de gaz lacrymogène pour essayer de dissuader les protestataires qui souhaitent avoir accès à leur lieu de travail.