La dialyse, faute de mieux, est souvent l’unique recours des malades haïtiens face à l’insuffisance rénale à un stade avancé. Le manque de professionnels qualifiés, le coût élevé des séances de dialyse, le nombre insuffisant de centres de dialyse, l’absence d’alternatives sont autant d’éléments qui expliquent pourquoi l’annonce du diagnostic d’insuffisance rénale en Haïti semble être une condamnation à mort. Une étude portant sur le coût direct de la prise en charge de la maladie rénale chronique en Haïti révèle qu’un malade verse entre 41 570 et 501 590 gourdes par mois et par année dans un centre de dialyse public en Haïti.

Publié le 2020-10-16 | Le Nouvelliste

 

En médecine, l’insuffisance rénale chronique est une maladie grave qui entraîne une détérioration graduelle et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang et à excréter certaines hormones.

l’altération progressive des fonctions rénales consécutives à la survenue de lésions parenchymateuses irréversibles survient sous l’influence de divers facteurs, dont les plus incriminés dans le monde actuellement sont le diabète et l’hypertension artérielle.

Il n’existe en Haïti aucune statistique connue sur le nombre exact de cas de personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique. Les néphrologues ont plutôt une idée approximative du nombre de dialysés au total dans le pays.
Tout le monde connaît peu ou prou la prévalence du diabète et de l’hypertension artérielle en Haïti lesquels sont à plus de 80% responsables de l’insuffisance rénale chronique en Haïti.
Plus de 2 millions d’Haïtiens souffrent d’hypertension artérielle et plus de 300 000 sont diabétiques.

Dans cette étude réalisée par le directeur du centre de dialyse de l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti, le Dr Audie Metayér, conjointement avec le Dr Jean Hugues Henry’s et Claire Randie Lajoie, on a constaté que dans la région métropolitaine la prévalence du diabète ajustée à l’âge (20-39 ans) est de 4,8 % chez l’homme et 8,9 % chez la femme.
«Une hypertension est trouvée chez 48,7 % des hommes et 46,5 % des femmes et sa fréquence dans la population de 40 ans et plus est de 69,1 % chez l’homme, et 67.2 % chez la femme», selon une précédente étude réalisée par PREDIAH de la FHADIMAC.

Parce que la prévalence du diabète et de l’hypertension artérielle est catastrophique en Haïti, parce que les autres maladies chroniques prennent une ampleur sans précédent, parce qu’il y a environ 8 nephrologues pour plus de 10 millions d’habitants en Haïti, parce qu’il est difficile de diagnostiquer les maladies rénales, parce qu’il y a moins de 10 centres de dialyse sur le territoire national, parce qu’il n’y a pas d’alternative réelle à la dialyse en Haïti, le Dr Audie Métayer pense qu’il faut attirer l’attention sur le «fardeau financier» que représente l’insuffisance rénale chronique en Haïti.  Les séances de dialyse, même dans une institution publique, sont excessivement onéreuses pour une population qui s’enfonce de plus en plus dans l’extrême pauvreté.

Plus qu’un simple constat, selon le Dr Audie Métayer, cette étude se propose de bien cerner le problème à partir de la réalité haïtienne et d’explorer des pistes de solution.

En prenant en compte uniquement les coûts directs et obligatoires de la prise en charge de la maladie rénale chronique en Haïti,  à savoir consultation, « counseling», bilan mensuel, dialyse et visite médicale pendant la dialyse, bilan annuel et médicaments, cette étude révèle que «41 570,00 gourdes et 501 590,00 gourdes représentent respectivement les coûts directs, l’un mensuel et l’autre annuel, de la prise en charge médicale d’un insuffisant rénal chronique terminal dialysé.»

Ne sont pas inclus dans ce calcul la prise en charge des comorbidités (diabète et/ou hypertension artérielle), les infrastructures et le matériel de diagnostic et de soins, les frais de service du personnel médical et infirmier, les examens complémentaires et médicaments non spécifiques à la dialyse. D’où cette précision des chercheurs qui ont tenu à  souligner que la somme de 41 570 gourdes dépensées chaque mois par le malade «représente la dépense assumée par le dialysé dans l’unique centre public de dialyse, soit 25% de celle consentie en privé».

À noter qu’au cours de cette étude, le centre de dialyse de l’HUEH ne peut recevoir qu’une dizaine de patients, une petite quantité est reçue par les nouvelles structures de l’OFATMA et le reste s’oriente vers le privé où le coût direct mensuel excède les 100 000 gourdes par mois. Toujours pour la période considérée dans cette étude rétrospective, soit l’année 2017, le salaire minimum de référence, selon les catégories de travailleurs, variait de 175 gourdes à 340 gourdes pour une journée de huit heures de travail.

Cette étude pose, dans un cadre général, l’épineux problème du financement de la santé et, de manière particulière, celui du financement d’un traitement aussi coûteux comme la dialyse dans un pays à ressources limitées.

La première approche que propose cette étude est la nécessité de prendre en compte la réalité haïtienne pour des solutions durables et adéquates. «Dans un pays où il y a 8 nephrologues, sachant qu’au bout de 10 ans toute négligence dans la prise en charge de l’hypertension artérielle et du diabète peut déboucher sur l’insuffisance rénale terminale nécessitant l’hémodialyse, il faut absolument impliquer les médecins généralistes et les internistes qui ne sont pas spécialisés dans la nephrologie ni dans la gestion de cette problématique.»

Ainsi, un modèle à trois niveaux impliquant généralistes, internistes et nephrologues a été présenté par le Dr Audie Métayer, assistant chef de service de médecine interne à l’HUEH, professeur de nephrologie et directeur de l’unique centre public de dialyse du pays.

La deuxième approche proposée est de mettre l’emphase sur la prise en charge précoce du diabète et de l’hypertension artérielle, lesquels sont des déterminants majeurs de l’insuffisance rénale en Haïti.

Enfin, sur un ton général, cette étude se propose aussi d’explorer d’autres stratégies de prise en charge moins onéreuses comme la dialyse peritonéale et la transplantation rénale tout en gardant le cap sur la prévention en vue de limiter au maximum la survenue de cette maladie dont la prise en charge représente un enjeu médical et financier majeur.
Financée ou non par une assurance maladie, la dialyse peut appauvrir car la prise en charge doit tenir compte des coûts associés au transport, à la nourriture, à la prise en charge des comorbidités…