Les étudiantes de l’École nationale des infirmières de Port-au-Prince (ENIP) et celles de l’École nationale des Cayes (ENIC) maintiennent leur grève entamée depuis le début du mois de mai en vue d’obtenir de meilleures conditions d’apprentissage. Elles se disent pour la reprise des cours, mais réclament un comité transitoire, une amélioration de la vie académique, davantage de stages et un environnement sanitaire bien entretenu.

 

Une semaine après avoir nui à la circulation à la rue Oswald Durand avec chaises sur la chaussée et pancartes en main, les étudiantes de l’ENIP disent désormais prêtes à aborder une nouvelle étape dans leur mobilisation pour de meilleures conditions d’études. Appuyées par des déléguées de l’École nationale des infirmières des Cayes, elles ont fini par comprendre que leurs problèmes convergent vers le même constat : leurs écoles ne sont pas reconnues à titre de facultés. Après quatre ans d’études suivies de toutes les autres exigences qui vont avec, les étudiantes veulent des diplômes de licence reconnus par l’Université d’Etat d’Haïti, pour que l’équivalence soit valable à l’étranger.  Les aspirantes infirmières témoignent jusque-là avoir procédé sans succès à toutes les démarches administratives légales.

« C’est en entamant des démarches administratives que nous avons compris que nous ne sommes pas une faculté. Il n’y a jamais eu de loi définissant le statut de la faculté. Il y une loi au Parlement depuis des années ; une fois qu’elle sera votée, nous serons sous la responsabilité du rectorat au lieu de rester sous la tutelle du MSPP. C’est pourquoi les responsables de l’école n’ont entrepris aucune démarche visant à faire voter la loi », a déploré Murline Désir, étudiante en 3e année à l’ENIP, convaincue que la crise a pris une tournure politique.

Cette zone d’ombre sur le statut de l’école n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, les étudiantes font face à toutes sortes de problèmes administratifs. Entre incompétence de plusieurs professeurs, insuffisance de monitrices pour les accompagner à l’hôpital, absence de relevés de notes, de reconnaissance de la part du Rectorat, les étudiantes reprochent l’irresponsabilité de la direction incapable de doter l’école d’une base de données informatisée. Cette direction perçoit des frais de 5 000 gourdes chaque année alors que les blocs sanitaires ne sont pas nettoyés, dénoncent-elles. Le seul bus, propriété de l’école, n’est pas disponible pour emmener les étudiantes en stage, qui sont obligées d’utiliser leurs propres moyens pour s’y rendre.  « Nos aînées ayant bouclé leurs études de quatre ans ont du mal à recevoir leur diplôme. On reçoit un diplôme de trois ans alors qu’on nous exige quatre années d’études sans aucun nouveau cours en quatrième année », a critiqué Murline Désir.

À l’École nationale des infirmières des Cayes, la situation n’est pas meilleure. « Nous voulons éviter de vivre le même sort que les deux récentes promotions sortantes. En ce sens nous avons protesté. L’École nationale des Cayes ne fonctionne pas depuis le 20 mai. Les responsables n’ont pas répondu à nos revendications. La grève est maintenue et nous resterons mobilisées », a tempêté Medjinie Jean, la représentante de l’ENIC.

Alors qu’un groupe d’étudiantes a entrepris des rencontres avec des autorités du MSPP et du Parlement dont le député Jerry Tardieu, tout semble rester lettre morte au sujet des avancées. Le sénateur Jean Marie Junior Salomon, critiquant la mauvaise planification des dirigeants dans le suivi de l’application du nouveau curriculum de 2009 proposé par le MSPP, a promis de prendre en charge les doléances des étudiantes de l’École nationale des infirmières des Cayes, de présenter le dossier devant la commission Santé et pourquoi pas convoquer le ministre de la Santé. Aujourd’hui encore, les écoles infirmières boitillent sous l’obédience de loi de 1949 à titre «d’affiliée aux universités». Les étudiantes, laissées pour compte, sont forcées de se battre face au péril de leur année académique.

« Nous avons besoin d’un comité transitoire. L’école est fermée depuis un mois. Nous tenons à réussir l’année académique. Nous voulons une solide formation fournie par des professeurs compétents et disponibles. Nous voulons être encadrées par des monitrices », a revendiqué Murline Désir, présidente de la 3e année à l’ENIP, sous les hourras approbateurs d’une centaine d’étudiantes.

Pour plus d’informations sur le dossier, Le Nouvelliste a cherché à rencontrer un responsable du rectorat de l’UEH. Malheureusement, ce dernier n’a pas voulu intervenir sur la question.

Entre-temps, les étudiantes se réconfortent dans la bataille. Elles disent chercher un meilleur sort. « Les membres de cette direction sont démissionnaires. Depuis le 7 mai 2019, ils n’ont pas mis les pieds dans l’établissement. Nous n’avons plus besoin d’eux », martèle Murline, qui, enthousiaste, se dit déterminée à franchir de nouvelles étapes dans les revendications, en dépit des menaces faites à leur encontre.

Junior Pinvin