7 936 cas confirmés en République dominicaine mardi 23 juin 2020 contre 5 211 cas en Haïti. À entendre le chef de mission de l’OIM en Haïti, Giussepe Loprete, il ne faut pas jubiler sur ces chiffres. « Certains essaient de nuancer, mais je crois à 100% que les cas de Covid-19 sont sous-estimés en Haïti », soutient-il.

 Le Nouvelliste

 

Giussepe Loprete évoque la difficulté à tester certains Haïtiens qui ne croient pas à l’existence de la maladie et le problème lié à la capacité des autorités à tester massivement la population. Alors que la question de test a été progressivement jetée aux oubliettes, le chef de mission de l’OIM en Haïti pense qu’aucune décision ne doit être prise sans une évaluation réelle de la situation. Le déconfinement, tel qu’on le constate dans certains pays, est possible grâce à une évaluation minutieuse de la situation à travers un système de «testing».

«Plus de tests, plus d’informations, c’est le seul moyen de contrôler la situation.»

Au 19 juin, qui marque les 3 mois de la pandémie en Haïti, 122 646 tests ont été réalisés en République dominicaine pour une moyenne de 1104 par jour contre 5077 en Haïti pour une moyenne de 108 par jour. Edwin Paraison de la Fondation Zile, lui, croit pour sa part que ces statistiques officielles pourraient être portées au double si l’on avait réalisé plus de tests.

À la frontière haïtiano-dominicaine, l’OIM analyse la situation suivant ses expériences réalisées avec le soutien de Zanmi Lasante, MSPP, UNICEF, OPS/OMS et l’UNFPA. «Environ 60 000 personnes sans emploi et sans assistance sociale à cause de la rupture de certaines activités économiques en République dominicaine ont dû rentrer en Haïti. Les points de passage auraient pu devenir la plus grande menace d’Haïti dans le cadre de cette pandémie. Mais notre capacité à tester, à surveiller et à faire le suivi de tous ceux qui rentrent en Haïti nous a permis d’améliorer grandement la situation», se réjouit Giussepe Loprete, qui persiste que les chiffres peuvent se révéler des écrans de fumée si l’on n’arrive pas à réaliser des tests.

Par ailleurs, le chef de mission de l’OIM admet qu’Haïti est épargné de la vague d’hospitalisation et de morts qui a ravagé d’autres pays à travers monde. Si la Fondation Zile souligne le bon côté de la médecine traditionnelle dans la lutte contre la Covid-19 en Haïti, M. Loprete préfère attendre la conclusion des scientifiques haïtiens sur la question.

Toutefois, dans le tableau des choses à améliorer, l’OIM met l’emphase sur la communication avec les communautés. « Pour comprendre réellement la situation, il faut un système de communication avec les communautés. Vous allez obtenir beaucoup d’informations sur l’impact de la maladie et des mesures en vous mettant à l’écoute de ces communautés. L’OIM a déjà fait cette expérience. Jusqu’à présent, nous adoptons une stratégie d’écoute et de réponse aux inquiétudes de toutes les communautés en Haïti», confie le chef de mission de l’OIM en Haïti.

Giussepe Loprete croit aussi qu’il est trop tôt pour faire des prévisions. Le mieux est, selon lui, d’appliquer en Haïti les mesures qui ont donné de bons résultats ailleurs. Pour les Haïtiens qui reviennent des pays étrangers, l’OIM propose, de concert avec l’OPS/OMS, d’utiliser des tests rapides, d’établir un protocole clair et solide de dépistage et de détection des cas afin d’effectuer une bonne évaluation de la situation. Sur la base des chiffres officiels et de toute tendance à crier victoire trop tôt, le chef de mission de l’OIM en Haïti pense qu’il faut une étude approfondie avant de prendre des décisions qui risquent de causer des dégâts qu’on pourrait éviter.