Selon le dernier rapport du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies au Conseil de sécurité, la situation des droits humains en Haïti demeure préoccupante. Les bandes armées continuent de terroriser la population, et les auteurs des récentes attaques sanglantes des quartiers populeux restent impunis.

 

Prenant en compte la période de janvier à mi-juin, le rapport du secrétaire de l’Organisation des Nations unies au Conseil de sécurité a mis au jour la situation des droits de la personne en Haïti qui demeure préoccupante, du fait de l’insécurité persistante dans les quartiers de Port-au-Prince où sévissent les bandes organisées, d’une nouvelle détérioration des conditions économiques et sociales, et d’allégations incessantes de violations des droits de la personne et d’atteintes à ces droits. Ces dernières se sont révélées notamment dans le contexte d’affrontements entre bandes organisées dans certaines zones de Port-au-Prince.Parmi ces affrontements, ceux qui se sont produits à la mi-avril entre différentes bandes organisées dans le quartier de Martissant et La Saline ont été particulièrement graves. Ils ont fait 8 morts et 11 blessés parmi les résidents et provoqué le déplacement d’au moins 136 familles.

Dans l’ensemble, au cours du premier semestre de 2020, alors que des niveaux de criminalité accrus ont succédé à la violence politique, le nombre de violations de droits de la personne avérées et attribuables aux bandes organisées a dépassé celui des violations attribuables à la police. « Entre le 1er janvier et le 31 mai, le BINUH a obtenu des informations sur 470 cas présumés de violations des droits de la personne et d’atteintes à ces droits, dont 93 seraient imputables à la Police nationale d’Haïti », indique le secrétaire général, qui dénombre 168 morts et 123 blessés. Même si les bavures policières ont diminué au cours de cet intervalle, l’Inspection générale a reçu malgré tout 76 allégations de violations des droits de la personne, soit une augmentation par rapport aux 52 allégations reçues au cours de la période précédente.

Entre autres, la protection des droits des citoyens à la vie, à la sécurité et à l’intégrité physique par l’État haïtien demeure insuffisante en raison des obstacles de longue date qui entravent l’application effective de la loi et empêchent la justice de suivre son cours. En dépit des efforts de plaidoyer du BINUH, les stratégies globales du Gouvernement visant à améliorer le respect des normes en matière de droits de la personne n’ont pas progressé au cours de la période considérée. Le plan d’action national en faveur des droits de la personne, qui a été validé par des partenaires (dont des représentants de la société civile et de l’institution nationale de promotion et de protection des droits de la personne) en décembre 2019, n’a pas encore été approuvé par le Conseil des ministres, souligne le secrétaire général.

Avec la crise sanitaire de Covid-19, les vulnérabilités qui existaient déjà au sein de la population haïtienne, notamment celles qui concernent les inégalités socioéconomiques et l’accès à la santé tendent à se creuser davantage. Face à cet état de fait, le secrétaire général a fait savoir que le BINUH et l’équipe de pays des Nations unies ont demandé au Gouvernement de protéger les personnes vulnérables en s’attaquant à la dynamique de l’incitation à la violence, qui est liée à la peur de la COVID-19, et en se concentrant sur la réduction de la stigmatisation.

D’un autre côté, le rapport note la stigmatisation des personnes atteintes de la Covid-19. Les migrants et les déportés sont des cibles en ce temps de la propagation du nouveau coronavirus sur le territoire national.

Au-delà de ces constats préoccupants, le secrétaire général des Nations unies s’est félicité du rôle du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) dans le soutien de certaines institutions œuvrant dans le pays. Il estime, entre autres, que le partenariat des Nations unies avec l’Office de la protection du citoyen et de la citoyenne, qui fait preuve d’une capacité accrue à remplir son mandat, donne également de bons résultats.

Woovins St Phard / Le National