Se faire arrêter c’est la pire chose qui puisse arriver à un justiciable, de l’avis du président de l’Association nationale des magistrats haïtiens qui a décerné un très mauvais carnet au système judiciaire du pays pour l’année 2020 qui touche à sa fin. « On peut dire que c’est une année totalement ratée pour le système judiciaire, et ceci, à tous les points de vue », a déploré Jean Wilner Morin. Pour cette année calendaire, le tribunal de première instance de Port-au-Prince n’a pas pu fonctionner à cause de la crise politique, notamment des épisodes de «peyi lòk. En ce qui concerne la cour d’appel, elle est fermée depuis un an et demi, a souligné le magistrat, qui n’en croit pas ses yeux. Une cour d’appel ne peut pas rester fermée depuis tout ce temps. On dirait que le pays est fermé, selon Jean Wilner Morin, qui regrette qu’aucun ministre de la Justice ne soit parvenu à résoudre ce problème.

Dans ces conditions, a déclaré le magistrat, il serait mieux pour un justiciable de ne pas se faire arrêter. « Si l’on vous arrête aujourd’hui, il vaudrait mieux pour vous d’avoir des gens au niveau de l’exécutif. Ces derniers disposent de leurs propres parquetiers qui peuvent procéder à votre libération. Ils peuvent ou du moins obtenir votre libération au commissariat bien avant le transfert de votre dossier à la justice », a prévenu Jean Wilner Morin, qui n’en est pas fier du tout. Dans les conditions actuelles où « la justice est fermée », il est impossible que la justice soit rendue à un justiciable selon les procédures tracées par la loi. C’est bien malheureux, selon Jean Wilner Morin.

Le président de l’Association nationale des magistrats haïtiens a par ailleurs dénoncé les pertes à répétition dans les greffes des tribunaux du pays. Dans le cas du dossier de Monferrier Dorval, Jean Wilner Morin a souligné une particularité. « De grandes personnalités sont impliquées dans ce dossier. Pour les disculper on fait en sorte de disparaitre des pièces. C’est une affaire de grande mafia », a soutenu Jean Wilner Morin, qui invite les autorités judiciaires et policières à prendre les dispositions qui s’imposent afin de donner l’exemple. Il a ajouté qu’une enquête menée par la DCPJ a permis de découvrir comment le greffe du tribunal a été saccagé et les personnes qui devraient répondre aux questions de la justice. Mais la DCPJ ne peut pas donner suite à cette enquête puisque cela conduira à d’autres personnes qui sont haut placées, selon le président de l’ANAMAH.