Source  robertnoel22@yahoo.com || radiotelevisioncaraibes.com

 

 

 

L’évolution est fonction du temps. Actuellement, on vit un phénomène sauve-qui-peut « tout koukouy klere pou je l » dans l’industrie musicale haïtienne. Cela est dû au fait que les musiciens comprennent mal le concept de compétition. Pour qu’il y ait compétition, il faut que les autres existent. Les tendances qui prévalent aujourd’hui dans ce marché, ce sont le boycottage et l’esprit d’élimination d’un concurrent pour élargir son propre espace d’évolution.  Le principe de partage ne veut plus rien dire dans cet univers musical.

La crise du marché du disque

On se trouve en plein dans un marché où l’hypocrisie devient la règle de subsistance des uns et des autres.  Pourtant, ils parlent tous de l’union fraternelle « tèt ansanm » pour l’avancement de la culture haïtienne, particulièrement du konpa dirèk. Aucun groupe musical haitien ne jouit vraiment d’une stabilité économique à cent pour cent. Malgré tout le vacarme qui se fait autour de nos groupes musicaux à succès, aucun d’eux n’a réalisé des millions de dollars par année. L’on se demande comment réagiraient ces musiciens s’ils avaient de telles possibilités de revenu annuel? Auteur de l’article: Robert Noël. Les orchestres ne targuent pas vraiment le marché international. Quoiqu’on dise, le marché musical konpa dirèk est encore au stade d’échange commercial local d’une entreprise à faible revenu.

Graduellement, la crise économique a causé l’effondrement du marché du disque, qui actuellement fait face à une crise terrible. Les techniques d’enregistrement ont grandement changé. En ce sens, on peut affirmer que l’industrie a connu une certaine évolution avec les inventions technologiques. Ce qui fait jouer un rôle prépondérant à l’Internet. Quand on considère la vitesse avec laquelle ce support musical s’est imposé, l’on se demande s’il n’affecte pas le marché haïtien plus que tout autre. Cette nouvelle forme de support a largement empiété sur le terrain de la distribution, représenté par les disquaires, les magasins de disques,  les bacs en Haïti, etc. Le CD a déjà fait place à cette nouvelle innovation technologique : l’Internet.

Dans toute l’histoire du konpa dirèk, aucun groupe n’a jamais produit 100 000 CDs. Ce fait a été minutieusement enquêté et vérifié. Aujourd’hui, un disque doit être accompagné au moins d’une vidéo de la chanson que les responsables d’un groupe musical et les musiciens jugent la plus populaire. On constate que les supports visuels ne se vendent pas sur le marché. Ils sont plutôt utilisés à dessein de promotion. Les consommateurs de musique s’accrochent encore à l’audio, donc au CD. Le plus grand problème de ce marché c’est qu’il n’existe aucune maison haïtienne de distribution connue, comme autrefois.

La vente de CD en chute libre

Les disquaires n’existent presque plus. Et ceux qui sont encore dans le business de la musique sont à court d’idées. Le potentiel commercial du konpa dirèk demeure stagnant malgré tout ce bruit qui se fait autour de la mise en circulation des nouveaux produits musicaux des orchestres. Auteur de l’article : Robert Noël. On remarque que toutes les formations musicales partagent la même vision et visent le même objectif : produire un album en vue de bénéficier seulement de contrats de bals.

Les producteurs aussi bien les musiciens ne peuvent avec exactitude déclarer le nombre de disques qui sont vendus annuellement. Pourtant, pour laisser l’impression que leurs groupes musicaux ont fait bonnes recettes dans la vente de disques, ils utilisent surtout l’expression « sold out –produits épuisés». Dans un tel cas, ils auraient dû réimprimer le disque à un coût moindre que le prix original. C’est l’avantage qu’offrent les compagnies / manufactures qui impriment les disques. Cela leur permettrait d’atteindre la marque de 100 000 CDs, s’ils sont financièrement solides.  Les musiciens ne se soucient pas vraiment de la distribution de leurs disques, se limitant toujours à vendre leurs projets à un particulier.

Dans bien des cas, l’acheteur de l’œuvre est souvent victime de la piraterie de la part des mal intentionnés, incluant des musiciens. Il doit trouver ses propres moyens pour écouler ses produits sur ce marché imprévisible et sans structure.  Les artistes n’ont qu’une seule source de revenu : les soirées dansantes en fin de semaine et les festivals. On comprend bien la raison qui motive les groupes musicaux à adopter une telle modalité de survie. Combien de temps vont-ils être capables de maintenir une telle routine?

Au fil des ans, on remarque que l’industrie musicale a subi des transformations considérables. On est en droit de parler quand même d’évolution. On est sorti du phonographe au CD, en passant par le graphophone, le « juke box - communément appelé Bidjonel » dans le Nord et le Nord-Ouest d’Haïti, puis arrivent les disques 33 et 45 tours et la cassette audio.  Auteur de l’article : Robert Noël. Chaque ère apporte son lot de problèmes et ses avantages. La raison qui avait fait chuter la vente de disques lors c’était la copie illégale des chansons sur cassettes. Avec l’arrivée du CD qui a remplacé le vinyle sur le marché, la vente avait redémarré avec force parce que le Compact Disc avait offert la possibilité d’insérer plus de chansons sur un tel support.

Aujourd’hui, l’Internet, le MP3, iTunes store, etc., ont changé la situation. Cependant, le téléchargement illégal, les « bootlegs », le MP3 sont à la base de la crise que traverse l’industrie du disque aujourd’hui, contrairement à ce que pensent bon nombre de gens. L’ère du numérique crée une certaine bousculade dans l’industrie. Actuellement, la vente de CD est remarquablement en chute libre. Une autre forme de support va certainement voir le jour dans un avenir proche. Les musiciens doivent se préparer en conséquence. Il faut quand même faire des projections et prévoir ce qui pourra arriver au marché musical haitien et au konpa dirèk en particulier,  si les mesures nécessaires ne sont pas prises dès aujourd’hui.

Le phénomène qui se développe dans le marché du disque aujourd’hui est réversible. Pour qu’une musique puisse continuer à exister, il faut qu’on soit capable de la vendre.  Le prix de vente des CDs en Haïti donne lieu quotidiennement à de grands débats informels sur cette problématique. Qu’on se rappelle que : « Grès kochon an pa men m ka kwit kochon an, paske kochon an pagen grès ». Auteur de l’article : Robert Noël. Puisque les groupes musicaux ne visent pas le marché international, une conférence nationale pour le redressement du marché musical s’avère nécessaire. Elle pourra aider à trouver une solution à cette nouvelle crise affectant ce marché, qui va de mal en pis. Il faut considérer le pluralisme sans discrimination. « Tout moun dwe ladan, gason kon fan m, moun anwo, moun anba, moun lavil, moun andeyò », etc. Le Ministère haïtien de la culture doit aussi jouer sa partition.