La Fédération des barreaux d’Haïti, dans une résolution adoptée lors d’une assemblée extraordinaire, a dénoncé pour cause d’inconstitutionnalité les différents décrets pris par le président Jovenel Moïse et le gouvernement Jouthe depuis que le Parlement est en dysfonctionnement provoqué par le non renouvellement des élus.

L’usurpation de qualité est démontrée. Les pouvoirs étant indépendants, l’exécutif ne peut pas s’approprier les attributs du législatif, dénonce la Fédération des barreaux.
Dans tout pays normal, cette résolution des avocats n’existerait pas parce que le gouvernement ne serait pas dans une situation où le président de la République se retrouve à la tête d’un pays qui ne compte plus que dix élus en poste : le chef de l’Etat et neuf sénateurs. Tous les autres postes électifs sont vacants.

Dans un pays normal, l’exécutif aurait tout fait pour que les élections se tiennent à temps, de crainte que le vide institutionnel n’aspire les rares élus encore en poste.

Dans tout pays normal, la résolution de la fédération des barreaux qui coiffe les avocats aurait des répercussions. Le coup de semonce serait entendu et le gouvernement se serait empressé d’annoncer qu’il va se remettre dans le droit chemin.

En Haïti, rien ne se produit. Rien n’a de conséquences.

Dans un pays normal, la démission des neuf membres du Conseil électoral provisoire, seul organisme chargé d’organiser les scrutins dans le pays, provoquerait une tempête.

En Haïti, mille fois mille voix, du camp au pouvoir comme de l’opposition, se réjouissent de la débande de cette instance. Chacun lorgne sur l’occasion pour se faire larron.

Dans tout pays normal, la périodicité des élections serait codifié. Les élections anticipées seraient prévues. Les vacances des pouvoirs seraient chorégraphiées avec précision, encadrées de balises et de solides garde-fous.

Ici, le flou fait l’affaire des uns et des autres.

Dans aucun pays normal le diesel ne serait en rupture de stock et ne retournerait sur le marché comme si tout était normal. Il y aurait des explications à donner aux consommateurs, des promesses d’éviter une telle situation dans un avenir proche seraient faites et des démissions seraient sur la table.

Dans aucun pays normal le stock de diesel sitôt débarqué, on ne commencerait pas à craindre la prochaine pénurie et à stocker. Rassurer les consommateurs serait le minimum pour combattre l’appétit du stockage, dans un pays normal.

Comme souvent en Haïti, on pourrait égrener à l’infini les petits portraits de notre ” anormalité ” sans que cela ne suscite autre chose que de l’amusement ou du dépit, le dédain de ceux que l’on dérange et les espoirs de ceux qui espèrent que le fragile château de cartes s’écroulera sous le poids des incartades de ses bâtisseurs.

Rien de plus.

Nous ne sommes pas un pays normal. Jacques le sait. Paul le sait. Tous ceux qui battent l’eau des espérances pour faire leur beurre ou qui recueillent les fruits de nos désespérances le savent.

Chaque jour, un peu plus, nous nous éloignons des standards d’un pays normal et rares sont ceux qui trouvent cela anormal.