Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a publié les conclusions des investigations menées du 6 au 20 mai 2020 sur les accusations d’abus sexuels visant le président de la Fédération haïtienne de football, Yves “Dadou” Jean-Bart. Cette enquête, précise le RNDDH, a été menée sur demande de la Fédération haïtienne de football qui avait écrit à l’organisme le 10 mars dernier. Le RNDDH a toutefois reconnu que l’article du journal The Guardian, dans lequel des accusations d’abus sexuels sur de jeunes footballeuses au Camp Nous ont été portées contre M. Jean-Bart, lui ont permis d’orienter son enquête.

L’organisme de défense des droits humains révèle qu’il s’est entretenu avec 26 personnes dont 7 ont requis l’anonymat. Il s’agit, entre autres, du président Jean -art, de quatre joueuses, d’un responsable de l’académie, de 4 journalistes sportifs, entre autres.

« Dans le cadre de l’enquête, le RNDDH s’est entretenu avec le principal concerné, le président de la FHF, Yves Jean-Bart. D’entrée de jeu, il a affirmé ne pas avoir été étonné des accusations portées à son encontre dans l’article du journal The Guardian. En effet, un mois avant sa publication, il avait reçu un questionnaire du journal relatif aux faits qui lui sont reprochés. Cependant, il estime que les réponses qu’il a données n’ont pas été prises en compte. Yves Jean-Bart estime que les dénonciations faites par le journal anglais n’ont aucun fondement. Il n’y a jamais eu de telles actions au niveau du centre. Il admet cependant qu’en 2000, il s’était rendu en République dominicaine où il a rencontré une ancienne joueuse d’Anacaona Football Club avec laquelle il a eu une fille », peut-on lire dans le rapport du RNDDH.

Le RNDDH indique s’être entretenu avec Webens Prinsimé, dit Itala, le responsable de confinement de l’académie du Camp Nous. Ce dernier, rapporte le RNDDH, a indiqué ne pas vouloir se positionner par rapport aux accusations faites à l’encontre du président de la FHF. « Cependant, selon lui, ces accusations risquent d’avoir des impacts sur les jeunes actuellement en formation au centre. Il n’écarte pas la possibilité que les allégations d’abus et d’agressions sexuels soient dues à un problème d’ordre politique qui n’a rien à voir avec le football. »

Quatre jeunes athlètes du Camp Nous ont également répondu aux questions du RNDDH. L’une d’entre elles est âgée de 16 ans. Il s’agit, selon RNDDH, de la mineure avec laquelle Yves Jean-Bart a réalisé une entrevue avec les mains sur les épaules. Deux autres sont âgées de 21 ans et une autre est âgée de 22 ans. « Ces jeunes filles ont affirmé que depuis leur admission audit centre, elles n’ont jamais été victimes d’agressions sexuelles. Elles ont donc rejeté les accusations portées contre le président Jean-Bart qu’elles considèrent comme un père. Elles croient que leur avenir dans le football peut être hypothéqué en raison de ce scandale. Au moins une d’entre elles estime qu’il s’agit de manipulations politiques en raison du fait qu’Yves Jean-Bart a encore été réélu président de la fédération. Pour sa part, la mineure apparue dans la vidéo-entrevue qui circule sur les réseaux sociaux a affirmé au RNDDH que ses rapports tant avec l’académie qu’avec la fédération sont basés sur le respect. Les allégations à l’égard du président qui a toujours eu envers elle une affection toute paternelle la mettent en difficulté, car il s’agit de sa carrière qui est aujourd’hui en jeu. Elle affirme aussi être psychologiquement affectée par ce scandale », écrit le RNDDH.

Des journalistes sportifs se sont également confiés au RNDDH. Selon l’organisme de défense des droits humains, au moins un journaliste a estimé qu’Yves Jean-Bart, adulé par les jeunes filles en formation au centre, est considéré comme un père. « Les 3 autres journalistes ont affirmé au RNDDH n’avoir pas été surpris par le scandale en raison des nombreuses rumeurs qui circulaient déjà et dénonçaient le comportement des dirigeants de l’académie du Camp Nous. Ils estiment qu’Yves Jean-Bart s’est à chaque fois arrangé pour avoir sous sa coupe les victimes. Selon eux, Yves Jean-Bart est considéré, à la Croix-des-Bouquets, comme un chef à qui rien ne peut être refusé. Dans ce contexte, les mineures étant plus vulnérables. Il ne fait aucun doute qu’elles sont aussi victimes de ces pratiques. Des entraîneurs de football ainsi que des journalistes, lors d’échanges privés, ont souvent discuté de cas d’abus sexuels perpétrés dans le centre et du fait que des mineures étaient des fois autorisées à sortir la nuit avec Yves Jean-Bart qui les emmenait au local de la Radio Galaxie, souvent sans chauffeur ou même un agent de sécurité pour les chaperonner », écrit le RNDDH.

Dans ses commentaires et recommandations, le RNDDH souligne que « même si plusieurs personnes ont présenté Yves Jean-Bart comme une personne qui s’est toujours comporté avec respect vis-à-vis des filles du centre de formation et de l’équipe AS Tigresse, elles sont aussi nombreuses, celles qui ont affirmé n’avoir pas été surprises par les dénonciations, le président de la FHF étant un homme puissant qui a été à plusieurs reprises éclaboussé par des scandales sexuels impliquant des jeunes joueuses de son équipe de football AS Tigresses ».

Plus loin, l’organisme de défense des droits humains estime que les filles actuellement en formation à l’académie Camp Nous sont maintenues dans un état d’esprit tel qu’elles croient que si Yves Jean-Bart n’est plus à la tête de la FHF, elles ne pourront suivre leur carrière dans le football. « Le président de la FHF croit lui aussi que son absence de l’institution risque de la faire s’écrouler. En ce sens, le RNDDH regrette que la FHF ne se soit pas immédiatement démarquée du scandale éclaboussant son président, en promettant de collaborer avec l’institution judiciaire en vue de lui permettre de faire son travail pour que lumière soit faite autour du dossier », déplore l’institution.

Tenant compte des divers témoignages anonymes recueillis, le RNDDH se dit convaincu que « le président de la FHFainsi que son cartel peuvent faire de l’ombre à une enquête judiciaire impartiale ». Ainsi, l’organisme de défense des droits humains recommande : à Yves Jean-Bart de s’écarter de la présidence de la FHF pour que l’enquête judiciaire soit menée en toute sérénité ; à l’IBESR d’établir, avec le ministère des Sports, une stratégie continue d’évaluation de l’académie Camp Nous ; à la Brigade de Protection des Mineurs de mener une enquête en vue d’identifier les victimes ainsi que les complices et de transférer les résultats de l’enquête aux autorités judiciaires […].